23.10.24
- Vincent Francey

Le jardin finit toujours au tas de fumier. Je pousse la brouette puis la verse, c’en est fini de l’été. Les enfants, s’ils montent l’échelle, tombent sur les lavures et les mauvaises herbes. Ils ne s’en plaignent pas. On leur dit que c’est sale mais ils s’en fichent, comme les chats, qui surgissent de partout quand un nouveau détritus vient assaisonner ce grand gâteau qu’on laisse pourrir à l’air libre. Je verse la brouette mais Cassis ne s’emmêle pas dans mes pattes. Le petit chat est mort et les merveilleux tas de fumier tressés d’antan aussi. Ça, ce n’est qu’un compost, un coin derrrière les silos où l’on jette à la sauvette les surplus alimentaires. Jadis, le tas de fumier, c’était la fierté du paysan, qui passait des heures à lui donner une forme rectangulaire et plate sur le dessus. Je revois dans ma mémoire mon grand-père, la fourche à la main. Je le revois appuyé sur sa canne ou brassant le purin, se délectant de ce parfum douceâtre de beuse et de paille. Les tas de fumier modernes ne sentent plus rien, sauf si quelque bête vient y crever dans l’abondance. Un jour, on n’a plus vu Cassis. Elle s’était cachée pour mourir. Depuis, Merlin tente sans conviction d’explorer ce tas bien triste de nature morte.
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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
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