24.04.24
- Vincent Francey

Voilà donc, dois-je avouer à ma plus grande honte, un an que je joue le même morceau. Je n’en suis certes plus au premier mouvement, mais ce concertino est loin d’être maîtrisé. Gilbert Vinter doit se cogner la tête contre les murs de son tombeau de Tintagel en m’écoutant m’acharner, même si à l’audition je ne m’en suis pas trop mal sorti, mais ce n’était que sur les premières parties de la partition et les agitato et les più mosso n’accéléraient en rien le tempo trop lent de mes doigts. Le rubato, j’y arrive, un peu par hasard, quand je perds la pulsation. Ma canzonetta n’a rien d’une chansonnette, mais ce n’est pas une raison pour ne pas continuer à jouer et rejouer les mêmes notes mille fois, jusqu’à ce que ça vienne tout seul. Apprendre la clarinette, c’est apprendre la vie : on bosse comme un dingue des heures et des heures pour un résultat plus ou moins potable. Il faut de la patience, dit-on, mais quand même, passer une année sur le même morceau, ça me fiche le cafard. Non pas que j’en sois lassé, de ce morceau, je l’aime bien, mais à ce train-là, j’y serai encore lorsque je rejoindrai Gilbert dans son cimetière arthurien. Je sens déjà peser sur moi le terrible regard de la tante Cryda.
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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
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