27.08.24
- Vincent Francey

Il y a des livres dont on doit parler, que l’on doit, après s’y être promené, refeuilleter pour se remettre en bouche des mots que la lecture silencieuse ne goûte pas avec assez d’intensité. Il y a aussi l’odeur des livres. Celui-ci, L’Appel des odeurs de Ryoko Sekigushi, je l’ai respiré comme on hume un parfum délicat, presque fade, floral, et j’en ai savouré les mots. L’autrice a passé son enfance dans l’odeur des livres anciens, des encres et des papiers, puis elle raconte sa vie de traqueuse d’odeurs, tient un journal pour cela, puis se retrouve soudain incapable de sentir le moindre fumet, la moindre fumée, le moindre petit truc qui vous pique le nez. Il ne lui reste alors plus que l’écriture pour saisir dans les souvenirs un monde perdu. J’écris aussi pour cela : saisir un monde perdu. Puis l’odorat revient, la pandémie s’estompe, Ryoko Sekigushi écrit, elle voyage à nouveau, retourne au Japon, en Italie, ailleurs, retrouve l’odeur de cet appartement abandonné, se demande ce que sentent les morts, réveille par les mots les parfums évaporées. Je lis ces mots et en moi aussi renaissent des odeurs oubliées. Je redeviens cet enfant dans la cave écœuré par des puanteurs de choucroute rance.
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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
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