29.06.24
- Vincent Francey

Paul Jorion me regarde manger du fromage. Cela ne l’empêche pas de parler d’intelligence artificielle et de géopolitique, tout en soulignant bien qu’il a toujours raison en premier, parce que lui presque seul avait anticipé la crise des subprimes. Je l’écoute comme on écoute un oracle et attends qu’il me désigne, alors que mes lampes de cuisine se reflètent sur son auguste visage, le fromage qu’il faut manger en premier. Il va de soi qu’il est bon d’aller crescendo, que commencer par l’emmenthal est indiqué, avant de passer à la tomme au cumin puis à ce fromage à pâte dure qui n’est pas du gruyère mais qui y ressemble à s’y méprendre. Paul Jorion ne s’y méprend pas. Il sait que j’aurai beau changer l’ordre de dégustation des fromages, le monde n’en continuera pas moins de s’effondrer. L’IA le sauvera-t-elle ? Bien sûr que non, mais elle en modifie les structures radicalement, essaie-t-il de me faire comprendre alors que je savoure sur un joli morceau de pain un vacherin Mont-d’Or bien coulant. Paul commence à bredouiller. Je lui donne faim. Il est le premier à avoir compris que les États-Unis virent au fascisme et que manger du maréchal, c’est résister à l’infâme.
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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
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