Albert Camus, La peste
Le gouvernement avait décrété une semaine de chômage obligatoire, pour montrer aux travailleurs ce que ça fait. Quelques entreprises avait rechigné. Arrêter pendant une semaine ? Impossible. Soyons sérieux. D’autres avaient joué le jeu. Les cafetiers, qui avaient senti la bonne affaire, étaient tous restés ouverts, même si le décret était aussi censé s’appliquer à eux. Bref, une fois de plus, le gouvernement avait montré à quel point il était sans pouvoir.
Pourtant, au début, ils avaient promis le changement, la rupture, un ordre nouveau, la restauration de la morale publique et la rénovation de l’Etat. Quelques-uns y avaient cru. Cela avait suffi lors des élections. Mais bien vite, il fallut se confronter à la plaie du chômage et comme tous les autres, les nouveaux – des anciens recyclés, comme d’habitude – s’étaient épuisés.
Alors, ils se sont mis à lancer de temps en temps des idées farfelues, histoire de montrer qu’ils faisaient encore quelque chose. Le coup du chômage obligatoire, c’était pour rendre les patrons attentifs aux conséquences psychosociales des licenciements abusifs et en même temps pour sensibiliser les ouvriers sur la nécessité de rester flexibles afin de conserver un emploi qui, même précaire, vaut mieux que l’oisiveté forcée. Quant aux chômeurs, durant une semaine, la société civile leur montrerait qu’elle les comprend, qu’ils ne sont pas seuls au monde et que le mot solidarité a encore un sens.
Mais comment faire respecter le repos forcé alors que celui-ci ne fut suivi à la lettre que par un seul corps de métier, la police ? On ne pouvait quand même pas forcer des représentants de l’Etat à travailler en plein chômage obligatoire. On y perdrait le peu de crédibilité qui nous reste. D’ailleurs, le gouvernement se devait de montrer l’exemple. Il ne fit donc rien et trouva d’ailleurs que ça ne changeait pas tellement par rapport à d’habitude.
Mais voilà, le peuple est idiot. Il ne comprend pas qu’il faut faire des sacrifices. Si la situation ne se redresse pas, c’est de la faute du peuple, pas de celle du gouvernement. En toute logique, les ministres démissionnèrent.
Un nouveau gouvernement fut élu avec comme promesse « du travail pour tous ». Sa semaine de travail obligatoire fut une réussite aussi éclatante que le chômage obligatoire du gouvernement précédent.
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Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
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