- Le sous-secrétaire général, articula-t-il avec lenteur, un peu froissé.
L’affaire méritait le déplacement du secrétaire général en personne, non ? Pourquoi m'envoyait-on un sous-fifre ?
- Me voici, répondit l’autre, tout ouï.
- C’est que j’aurais apprécié que le secrétaire général…
- Je lui transmettrai vos doléances, monsieur, soyez-en assuré.
- Certes, mais l’affaire est fort délicate et…
- Vous allez m’en décrire les tenants et les aboutissants.
- Certes, mais j’aurais préféré que monsieur le secrétaire général…
- Lui ou moi, c’est kif kif, nous sommes comme qui dirait…
Quand même, un sous-secrétaire pour une telle affaire, c’était quelque peu offensant.
- Voilà monsieur, mercredi dernier…
Le téléphone du sous-secrétaire sonna.
- Oui, j’arrive. Non, non, rien de grave. Ça peut attendre. C’est ça. A toute.
- Je disais donc que mercredi dernier…
- Racontez tout cela au greffier, il me le transmettra, j’ai malheureusement une urgence. Au revoir, monsieur.
Le sous-secrétaire s’en alla, me laissant seul avec un type transparent qui tenait dans la main un calepin qu’il s’apprêtait à remplir. Je ne lui adressai pas la parole. On n’insulte pas impunément un homme de mon rang.
- Sachez, monsieur, que je ne m’adresserai qu’au secrétaire général et à personne d’autre.
- Certes, mais sachez, monsieur, que le secrétaire général se fout éperdument de vos élucubrations.
- Je ne vous permets pas de…
- D’ailleurs, je vais vous le prouver.
Le greffier ôta sa moustache postiche et sa perruque.
- Monsieur le secrétaire général, vous me voyez navré.
- Moi de même. Au revoir, monsieur.
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