Blog suisse de littérature

David Livingstone, Explorations dans l’Afrique australe

  • Vincent Francey

Comme si ça ne suffisait pas, comme si on avait en plus besoin de ça, voilà-t-il pas que maman Nature – des mères comme ça je vous jure – voilà qu’elle – c’est pas une mère, c’est une belle-mère – voilà qu’elle a décidé, comme ça, pour le plaisir d’emmerder le monde, parce qu’elle n’a de plaisir qu’à ça, la Nature avec une grande haine, faire sa maligne pour montrer qu’elle bouge encore malgré tout, les usines, les voitures, les égouts, les continents de plastique, le kérosène, les déchets nucléaires, les bidonvilles, les humains, les pneus qui brûlent, les kangourous, les terres rares, la 5G, les fumées, les nappes de pétrole, le gaz moutarde, les enfants, les dévidoirs, les sacs-poubelles, les frigos, le trou dans la couche d’ozone, les ruclons, le Dakar, les avions, les cons, les mégots de cigarettes qu’on jette par la fenêtre du SUV, les jeux vidéo, les remontées mécaniques, les chefs de service, la densification du territoire, les applications, les guerres, les trottinettes électriques, le cancer du poumon, les perturbateurs endocriniens, les particules fines, les lupanars, les séries, les décharges et les religions, voilà-t-il pas qu’il pleut ici comme vache qui pisse des cordes dans un violoncelle mal accordé, qu’il flotte, qu’il roille, qu’il bruine, qu’il déluge, qu’il ruisselle, qu’il ouragante tant et tant que non de non de non de non de non pas moyen de se mettre à la chotte depuis combien de jours, de mois, de millénaires, depuis que la terre tourne et que le sang coule, comme disait quelque poète mal inspiré, depuis que le monde est monde, depuis que l’homme est femme et vice-versa, depuis toujours, depuis la nuit des temps, il pleut des hallebardes, des cervelas, des bombes H, il pleut sur les plages, dans les villes, sur les montagnes, dans les déserts, dans ma tête, dans mon cœur, comme disait l’autre poète, il pleut partout, toujours, il pleut dans les bois, les prairies, les océans, les autoroutes, il pleut toujours et partout et encore, il pleut sans discontinuer, il pleut plus qu’au temps de Noé, il pleut sans arche pour se défendre, il pleut même quand il fait beau et les hommes fatigués sont coincés dans leurs immeubles, dans leurs camions, dans leurs manoirs, dans leurs aérogares, ils sont recroquevillés dans leur vie toute petite, dans leur ridicule mignonne personne qui n’est sous la pluie qui les ronge qu’un masque de carnaval, un mascara qui coule, une vulgaire parure.

Amplification pluvieuse d'une phrase de l'explorateur David Livingstone :
"Comme il pleut ici depuis quelque temps, les bois sont dans toute leur parure." En bonus : Jacques Brel.


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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.

Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.