Blog suisse de littérature

George L. Mosse, De la Grande Guerre au totalitarisme

  • Vincent Francey

Un Italien blond, ce qui apparaît comme un paradoxe, étant donné que l’Italien par principe doit être brun, un Italien qui plus est calme et serein, un Italien flegmatique comme un Anglais et erratique comme un Allemand, un Italien que personne n’aurait imaginé Italien, un Italien aux yeux bleus, écrivit, d’une écriture élégante, à l’encre de Chine, sur un papier filigrané de haute qualité, cette note que nous avons retrouvée à l’occasion de fouilles archéologiques – la lettre était accompagnée d’une photographie en couleur, ce qui explique le fait que nous ayons pu établir la blondeur de son auteur, son caractère supposé découlant du contenu même de la lettre que nous nous apprêtons à vous révéler, ladite photographie nous permettant par ailleurs de supposer non sans moultes hésitations que notre Italien aurait vécu durant la seconde moitié du vingtième siècle, époque paradoxale s’il en est puisque tout en ayant développé des technologies aussi sophistiquées que la photographie couleur les humains continuaient à écrire des lettres manuscrites, pratique devenue obsolète seulement vers la fin dudit vingtième siècle – cet Italien – précisons à propos de ce terme que le fait d’être Italien au vingtième siècle correspondait à une réalité tangible non équivalente au seul terme livreur de pizza comme c’est le cas depuis le milieu du vingt-et-unième siècle au moment où Pizza Hut accomplit sa célèbre OPA sur l’Italie ruinée faisant du même coup de ce qui fut, nous vous le rappelons, une nation à part entière, une simple filiale du groupe, filiale cotée en bourse, ce qui permit, étant donné le succès des livraisons de pizzas à domicile, de réanimer l’économie transalpine alors moribonde – cet Italien donc écrivit lors de l’entrée en guerre – de quelle guerre précisément nous ne serions le préciser, d’où nos hésitations quant à la datation précise de notre objet d’étude, étant donné que lors de la Deuxième Guerre mondiale il semble que la photographie couleur ne soit pas encore tout à fait au point alors que durant la période qui la suit immédiatement l’Italie ne semble pas participer à des guerres, celle d’Irak en 2003 nous semblant trop tardive ; d’aucuns proposent la guerre du Vietnam mais la participation italienne à ce conflit n’est pas établie par les historiens d’aujourd’hui, pour qui il est extrêmement compliqué d’obtenir auprès de la CIA le moindre renseignement à propos d’événements sur lesquels MacDonald et ses affidés étasuniens font peser une complète omerta – cet Italien donc écrivit lors d’une quelconque entrée en guerre – l’Italie, rappelons-le, n'ayant jamais terminé une guerre dans le camp où elle l’avait commencée – de son pays : « Embrouillé dans ma cervelle d’étourneau et dans ma culture de colibri par tous ces livres (précisons qu’en ces temps reculés, le mot livre avait pour corolaire un objet de forme rectangulaire généralement en papier sur lequel étaient inscrits des discours la plupart du temps sans queue ni tête, histoires d’amour ou d’espionnage ridiculeusement mièvres se déroulant dans des univers absurdes où se mouvaient des personnages à la psychologie douteuse et aux mœurs contestables), j’ai retrouvé ce que j’avais perdu depuis ma rencontre avec mon épouse Mathilda, une femme certes charmante mais casse-noix au possible, à savoir la fraîcheur d’une jeune femme que l’armée avait mise à la disposition de la troupe non pas pour qu’elle lui fournisse des prestations d’ordre sexuel, ce que l’Eglise catholique – il semble qu’en Italie on trouve jusqu’à nos jours, même si elles sont devenus rares, des populations restées attachées à la secte chrétienne jadis implantée à Rome (qui fut la capitale de ladite Italie), le rachat de celle-ci par Lehmann Brothers lors de la banqueroute retentissante de la banque du Vatican en 2047 n’ayant pas totalement éliminé de la surface de la terre les croyances irrationnelles qui infectaient jadis notre monde et l’Italie en particulier – l’Eglise catholique ne permettant pas, ce qui est la moindre des choses, qu’une créature humaine serve d’esclave sexuelle à une autre créature humaine, même si ladite Eglise catholique ne considérait pas à proprement parler la femme comme une créature humaine, mais cela est un débat fort compliqué qui laisse pantoise la société strictement égalitaire dans laquelle nous vivons – bref, il y avait là une jeune fille qui nous fit apparaître une nouvelle humanité – nous pouvons dès lors affirmer que pour cet Italien, c’est dans cette lettre que se trouve la prise de conscience que les femmes font aussi pleinement partie de l'humanité que les hommes – une humanité pleine de courage, notion ce que nous croyions réservée aux seuls êtres masculins, la femme ayant été mise à notre disposition, à savoir une cuisinière – il semble qu’à cette époque reculée ont ait eu besoin d’êtres humains pour apprêter la nourriture – occupant une place pourtant typiquement féminine – nous ne saurions expliquer pour quelle obscure raison la tâcher étrange d’apprêter la nourriture était jadis considérée comme l’apanage des seules femmes – mais une femme qui contrairement à Mathilda, qui m’avait trompé avec Antonio – les hommes et les femmes à cette époque s’unissaient de manière monogame à travers une institution nommée mariage correspondant grosso modo à nos actuels contrats-cul-mioches, ladite institution étant tombée en désuétude en même temps que l’Eglise catholique et que la nécessaire émancipation des LGBTIQGRWJVDFJVANEGJHNRJVJDSLNJLWLLRJGLEANATNLJRGRJ – une femme qui avait, et je crois que c’était la seule sur terre, l’âme pure. »

Extension futuriste d'une phrase de l'historien George L. Mosse : "Un Italien écrivit, lors de l’entrée en guerre de son pays : « Embrouillé par tous ces livres, j’ai retrouvé la fraîcheur d’une nouvelle humanité pleine de courage, l’âme pure. »"


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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.

Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.