L’enfant dans la grange tourne les pages du livre, c’est un enfant assis par terre dans la poussière sur le plancher qui craque sous les toiles d’araignées, c’est un cagibis caché dans un recoin de la ferme, au calme, loin des vaches agitées dans l’écurie au-dessous, un cagibis silencieux où l’on n’entend que les bêlements des moutons du pré de l’autre côté de la route où passent rarement des tracteurs verts avec des chars de paille ou des auto-chargeuses remplies d’herbe ; ils reviennent, ces tracteurs, du champ en bas le village, derrière l’usine désaffectée et les villas neuves, ils passent devant l’école, la gare, la laiterie, le parking qui fait comme un trou au milieu du village ; ils sont allés jusqu’à la ville livrer le grain, les tracteurs, ce n’est pas une grande ville, ce sont des maisons plus serrées, une abbatiale, des ponts sur la Broye et la vue sur les montagnes, des deux côtés, les Alpes et le Jura, les neiges éternelles et les pâturages, un lac qu’on devine, des terres plates par-delà les Alpes, des fleuves qui se jettent dans l’océan, des bateaux d’où l’on charge et décharge des containers par milliers dans des ports plus vastes que ce village où l’enfant, dans le livre, accoste en Amérique.
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