Blog suisse de littérature
Vue sur le pont Nelson Mandela et le centre-ville de Johannesburg

Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté

  • Vincent Francey

Johannesburg, la ville de Jean, la ville des gens bien qui pensent à mal, la ville de Jean qui rit à la gueule défaite de Soweto le bidonville des gens qui pleurent à larmes noires, Johannesburg le gros bourg bourré aux as acides et aux assassins, Johannesburg le chef-lieu, le lieu des chefs, le chef des lieux, avait été construit dans une frénésie sordide et clinquante, sous les gueulées des contre-maîtres arrogants et dans les gémissements des contre-esclaves, il piétinait et il tournait, Johannesburg le joyau sur son tas de merde, Johannesburg le bijou-bagne, Johannesburg l’aspire-misère, il se roulait en toupie autour de la découverte fatale et miraculeuse de l’or, de l’or putain du roi, de l’or roi des putains, de l’or chef et maître, de l’or, de l’or, de l’or, toujours de l’or, des tas d’or, des camions d’or, des cargos d’or, des charters d’or, de l’or, de l’or, de l’or, Johannesburg l’orible construit autour de la vente à l’encan et du pillage général de l’or, le terrifique or qui salit de sa bave éclatante le moindre mètre carré alentour, la moindre parcelle de terre et d’eau, le moindre être vivant, homme, femme, impala, jacaranda rôdant hagard, affamé et jaloux à des milliers de millions de kilomètres à la ronde, de l’or assassin du Witwatersrand, nom barbare s’il en est, le Witwatersrand, car toujours les Bataves furent plus barbares que tous les peuples indigènes de toutes les Afriques réunies, ces bâtards de Bataves qui, en 1886, fondèrent le sordide, le pitoyable, le mirifique, le paradisiaque, le foutreux, le faux, le fou, le footeux Johannesburg, le bourg des bourreaux, le bourg bourru qu’on bourre et bourre et bourre et ratatam d’or et d’or et d’or et d’or, le bourg bourbeux dont on ne s’extirpe que riche à millions ou les pieds devant et qui – ces fils mal-nés de Bataves bavardeux, cafardeux, hargneux et heureux – exploitèrent jusqu’à l’os de la terre Crown Mines, la mine des crocs, traduisait-on à la va-vite en ces terres ignares, la mine minable, la mine nabot qui vous bouffe et vous recrache un homme plus vite que ne le fait un lion affamé, Crown Mines qui était la plus grande, la plus dorée, la plus dormante au bord de l’or, la plus ornée, la plus née de l’or, la plus oripilante des mines, Crown Mines la mine d’or – or que vaut l’or ? – de la ville – et que vit la ville quand elle dort dans l’or ? – elle vaut ce que vaut la ville – la ville vaurien ne vaut rien en dehors de l’or.

Grossissement monstrueux d'une phrase de Nelson Mandela : "Johannesburg avait été construit autour de la découverte de l'or du Witwatersrand en 1886, et Crown Mines était la plus grande mine d'or de la ville de l'or." 


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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.

Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.