Blog suisse de littérature

Philippe Claudel, La petite fille de Monsieur Linh (phrase 2 p.79, par erreur)

  • Vincent Francey

Monsieur Bark l’écoute. Madame Bark, puisqu’il l’écoute, parle. Elle lui raconte sa soirée. D’habitude, il dort déjà quand elle rentre, mais là, monsieur Bark l’écoute. Elle lui dit pour les copines, la rencontre impromptue, le souper au Café de la Gare, l’histoire de madame Burk qui n’est plus avec son mari et monsieur Bark l’écoute. Elle raconte comment il a fallu consoler madame Burk parce que son mari est parti avec une plus jeune, tu comprends, ça doit être dur pour elle, et monsieur Bark l’écoute mais elle ne sait pas s’il comprend. Il l’écoute, c’est tout. C’est déjà ça. Elle lui parle de madame Birk qui elle aussi n’est plus avec son mari, d’un commun accord qu’elle a dit, mais c’est dur quand même, le matin quand t’es seule et que tu n’as personne pour t’écouter et monsieur Bark l’écoute. Madame Bark a l’impression qu’il l’aime mais il ne le dit pas. Il l’écoute, c’est tout. C’est déjà bien. Elle lui dit aussi pour madame Bork, qui est partie avec le mari de madame Birk puisqu’il était libre mais que ça gêne parce vous comprenez, elles sont quand même bonnes copines, mesdames Bork et Birk et que ça peut créer des soucis mais madame Birk dit que ça ne la gêne pas, que si jamais elle pourrait prendre le mari de madame Bork et qu’on serait quitte et qu'on a bien rigolé, tu vois, on a pris des campari et du champagne pour fêter ça parce que ce n’est pas souvent qu’on est toutes les quatre ensemble avec nos histoire, tu vois ? Monsieur Bark ne dit rien. Il écoute. Après, on a pris un digestif, une grappa, ils en ont une fameuse au Café de la Gare et puis on est toutes rentrées chez nos maris, enfin, pas toutes, parce comme je te l’ai dit, madame… Monsieur Bark se lève. Il se lève toujours quand il a quelque chose à dire. Il regarde sa femme et il déclare, solennel : « La Bark est pleine. » Puis il se recouche. Madame Bark ne dit plus rien. Elle est partie vivre avec monsieur Byrk.

Petite histoire écrite par erreur à partir d'une phrase de La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel.


Post précédentFrank Martin, Where the bee sucks Post suivantPhotogriffouille 89

Comments and Responses

×

Name is required!

Enter valid name

Valid email is required!

Enter valid email address

Comment is required!

* These fields are required.

Be the First to Comment

A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.

Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.