Déménager, c’est jeter. C’est constater la puissance de la société de consommation, sa production sans fin de déchets. L’appartement, trop grand, s’est rempli de babioles inutiles qu’on garde parce qu’on ne sait pas trop où il faut les jeter dans la jungle des déchetteries. Partout pulullent de la paperasse, des photocopies en trop gardées pour (si) jamais, des factures payées voilà dix ans, des notes prises lors d’un cours oublié, des esquisses de poésies mal ficelées. Il y a aussi les habits trop petits qui nous rappellent qu’on grossit, les ordinateurs-dinosaures d’il y a trois ans, les pots de fleurs vides, les bocaux de confiture sans fruits, la télé sur laquelle Olivia a collé des étiquettes (celle-là, il faudrait la garder en souvenir, même si ne plus avoir de télé est une bénédiction), un père Noël qui clignote et qui fait du bruit, des fils et des prises qui s’entremêlent, une vieille chaîne-hifi muette, une serviette trop lourde, une chaise bancale, un divan défoncé, des boîtes de conserve dont on se demande pourquoi on les a conservées, du sagex et aucune sagesse. Moralité : sagesse sans sagex déménage d’un étage.
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