10.01.24
- Francey Vincent

Dans la vitre du départ, j’attends. D’autres attendent dans le froid. Ils ont déposé sur le banc le poids de leur journée. Ils rentrent. Ils ont dans la tête des pensées floues, des reflets de crépuscule, des épaules entrevues, des gouttes de pluie. J’ai posé le livre. Les mots s’entrecroisaient. Des gens parlaient. Ils se racontaient le travail, la sortie du samedi soir, le menu de la veille, et ce théâtre ordinaire se mélangeait à cet homme seul dans sa grande propriété, qui était allé rendre visite à Fennimore à Venise ou à Londres et qui se désespérait devant les exigences absurdes des directeurs de compagnies. De la compagnie, dans ce train qui s’apprête à partir, je n’en ai que vaporeusement. Une main s’est posée sur une cuisse, un regard que happe un écran se dérobe à tous les yeux qui le cherchent. En face, ils s’en vont ailleurs. Ils suivent les points de suspension. Henry James doit retravailler le deuxième acte. Une voix l’interrompt : je suis sur la S30, je me dirige vers Yverdon-les-Bains, prochain arrêt Givisiez, les gens parlent fort, la voix redit les mêmes lieux, mais en allemand, Belfaux CFF, Grolley, Payerne, des lieux devenus soudain mystérieux, étranges, presque étrangers.
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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
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