11.01.24
- Francey Vincent

Je me regarde me regardant. Je suis le miroir. Je ne pose pas de question. Je note : un savon, de la crème à raser, un fil au mur qui dépasse où jadis s’allumaient deux filaments. On a refait la salle de bain en noir et blanc. Je porte un pull vert. Ça fait, paraît-il, ressortir les yeux. Verts. Mais ceux-ci sont plongés dans la contemplation de moi-même. Suis-je content de ce à quoi je ressemble ? Jamais assez. Le pull pourrait être mieux ajusté, le pantalon ça va, j’en ai des pires, le crâne est ras (d’où les deux tubes de crème), la barbe pas. Rien à redire, c’est bien moi. Mes mains au-devant captent la lumière. Ce sont des mains de gestes fins mais maladroits, des mains sans chairs, un poignet trop petit, un corps que je trimbale depuis toujours et qui change trop et pas assez vite. Je suis là, dans ce miroir, et je n’y suis pas. Je ne suis nulle part. C’est une mise en scène, un abîme, la fantômatique présence d’un passé arrêté. L’objet dans mes mains projette une ombre sur moi. C’est un objet qui mange les humains. Je lui résiste pour la forme, me laisse bouffer seulement à petit feu, résiste un instant à la fascination de l’écran. Pourtant partout ce sont des écrans, des miroirs, des reflets déformés.
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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
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