Blog suisse de littérature

16.07.24

  • Vincent Francey

Ce qui est bien dans les romans, même quand ils sont inspirés de faits réels, c’est qu’on peut faire semblant de vivre les pires tragédies tout en restant sur sa terrasse allongé sur une chaise longue. Suave mari magno. Je regarde de loin les naufragés du Wager mourir à petit feu. Je me délecte d’un orage imaginaire qui ne faiblit pas de la nuit alors que dans le ciel d’ici il n’y a que quelques nuages inoffensifs. J’essaie mais en vain de ressentir dans la chaleur de juillet ce que ressentent ces hommes trempés jusqu’aux os, à moitié frigorifiés, mais je ne me lève pas de ma chaise longue, je veux savoir la suite, qui vivra qui mourra, dans quelles atroces souffrances, de faim, de froid, par le feu d’un renégat ou par noyade, rassuré que rien de tout cela ne me menace dans l’immédiat, car à force de jouir du malheur des autres, même si ce ne sont que des êtres de papier, on se jette soi-même dans la souffrance, mais il n’est pas encore question d’imaginer ma propre mort, que je peux rêver paisible, étant donné que je n’ai pas l’intention de m’embarquer dans une caravelle ou je ne sais quel rafiot de jadis pour affronter les quarantièmes rugissants, la tempête, la flibuste et les mutins.


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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.

Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.