Blog suisse de littérature

19.01.24

  • Francey Vincent

Je n’ai, a-t-on commenté, aucune masculinité. Bébé, on ne disait rien, ni que j’étais grand (né en avance, j’étais minuscule), ni que j’avais des traits marqués. On cherchait des ressemblances, les yeux du père, même si je n’avais pas encore les yeux verts, le nez de la mère, je ne sais pas, mais très vite c’est à mon père que j’ai ressemblé. J’ai joué à des jeux de garçon mais sans passion. On a voulu mollement m’intéresser aux tracteurs. J’ai fait non de la tête. Les voitures ? Je les regardais passer, je notais le nom des marques, je me foutais des cylindrées. Très vite, je me suis lassé. Les armes ? J’avais peur. Les bêtes aussi, j’avais peur. J’étais une poule mouillée, disaient-ils, mais les poules aussi, j’avais peur. J’étais mignon et gentil comme une petite fille mais sans savoir que c’était réservé aux petites filles. On me disait toujours d’être gentil et j’obéissais. J’était un petit garçon obéissant qui peinais à prendre du poids et qui n’étais pas destiné à succéder à mon père mais mon père n’a pas pensé que j’étais une petite fille, mon père, à qui je ressemble, était un homme gentil qui plaisait aux femmes. Je suis aussi un homme gentil mais je ne sais pas si je plais aux femmes.


Post précédent18.01.24Post suivant20.01.24

Comments and Responses

×

Name is required!

Enter valid name

Valid email is required!

Enter valid email address

Comment is required!

* These fields are required.

Be the First to Comment

A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.

Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.