19.09.24
- Vincent Francey

Nature morte aux pommes et au bouquet fané. L’ombre des fleurs ronge le mur. J’hésite avant de ranger mes chaussures dans le buffet. Quelque chose d’immuable est apparu, comme si la réalité se prenait pour une peinture. Il serait criminel de me saisir d’une pomme et de la croquer, même si la grosse rouge du bout fait frémir mes glandes salivaires. Je me retiens : on ne mange pas un tableau. Qu’en penserait ce Florian dont le nom signe en plots de bois cet instantané de début d’automne ? Le cadre certes est suspendu au-dessus du dispositif, mais il ne fait pas de doute que ces pommes et ces fleurs ont été disposées ainsi pour une raison précise que je peine à comprendre. La pomme, c’est bien sûr la tentation, le mal, la discorde. Les fleurs fanées, c’est le déclin, la maladie, la mort. Le soleil n’est pas encore couché. La nature survit. Le blanc du buffet et du mur rassure, mais c'est un leurre : vienne la nuit, sonne l’heure, les jours s’en vont. Si je range mes chaussures dans le buffet, c’est peut-être parce que je reviens de courir et qu’il faut bien que quelque chose tempère mon sentiment du devoir accompli : je cultive mon corps comme un cultive un jardin, mais moi aussi je baisserai la tête.
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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
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