23.01.24
- Francey Vincent

Je me perdais dans la page. Quelles étaient les espérances secrètes qui me poussèrent entre les bras de ce livre étrange ? Je lisais et cela s’effaçait à mesure, écho assourdi d’un vacarme disparu, lavé par les pluies diluviennes d’un orage intérieur, celui d’un auteur dont le nom me révient dans le brouillard du souvenir, Albert Béguin, ou Pierre, et dans le titre du livre il y avait le mot terre, Terre de personne, était-ce cela ? Je pourrais me précipiter vers ma bibliothèque pour contrôler mais je suis resté empêtré dans la page, devenu moi aussi corps de brume me déplaçant de manière floue et impalpable. Il y avait dans ces pages une malédiction, un sacrilège, le sentiment de franchir un seuil interdit, quelque chose qui renvoyait sans cesse à cette chaleur pâteuse, nauséabonde, et le livre fuyait ou c’était moi qui fuyais le livre, non qu’il me tombe des mains mais parce que les mots m’hypnotisaient. Passée la cent-quarante-sept, quel monstre horrifique surgirait des pages finales ? Le gong avait sonné. Il aurait été sage de refermer le livre mais jamais les livres ne se referment tout à fait. Celui-ci hante toujours ces lieux. Il s’achève sur la note syncopée et monotone des crapauds…
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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
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