27.02.24
- Vincent Francey

Le poète tourne le dos au ménage, non pas qu’il refuse la propreté mais parce qu’il avance sans se retourner vers des salles de classe vides. Je regarde le poète marcher vers le bout du couloir. Des lumières d’une vivacité criarde se reflètent dans le sol de l’école qui ressemble comme tous les sols d’école à un sol de prison, le couloir lui aussi ressemblant à un sol de prison. Le poète a souvent proposé ce rapprochement entre l’école et la prison comme sujet de dissertation. Les élèves n’y avaient pas pensé mais tout compte fait, le poète a peut-être raison, même si ça les embête, les élèves, de donner raison à quelqu’un d’aussi inutile qu’un poète. Le prosateur que je suis admire les poètes et les femmes de ménage. J’aime ce moment, quand les cours se terminent, vers dix-sept heures dix-sept, où ces mondes si éloignés se croisent, ce moment de grâce où le sac poubelle, les produits de nettoyage, les brosses et les écuelles deviennent poétiques, ce moment où l’école sent bon, ce moment où l’on sait qu’on va pouvoir bientôt s’échapper pour rejoindre hors les murs la vie des rues qui ignorent ce que savent les poètes et les femmes de ménage.
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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
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