4.06.24
- Vincent Francey

On me propose comme premier découpage du texte la ligne dix. Je corrige : le vers. Pardon, monsieur, le vers. Pourquoi ? L’élève bafouille. Poursuivez. Ensuite, j’ai mis les lignes — les vers ! — onze à vingt. Pourquoi ? L’élève n’ose pas répondre qu’est-ce que j’en sais, moi, tu sais où tu peux te les foutre, tes vers. Je commence à me lasser : ça fait depuis ce matin qu’ils découpent des poésies comme on tranche le lard, au petit bonheur la chance, avant de péniblement relever un ou deux champs lexicaux, ce poème semblant être, me révèlent-ils, sur le thème de l’amour et de la guerre, d’ailleurs ils croient savoir qu’en 1915 il devait y avoir une guerre, ils peuvent dire laquelle et espèrent que ça leur fera quelques points en plus, parce que ce n’est pas avec les figures de style qu’ils vont se rattraper, même si aux lignes — aux vers ! — douze et treize il y a une anaphore et que le fatal giclement de mon sang sur le monde ça pourrait aussi être un machin genre une hyperbole et va savoir si la fontaine ardente du bonheur on pourrait pas y voir une oxymore — un oxymore ! — et il y a aussi une comparaison le truc avec les mimosas et voilà, je crois que j’ai tout dit, s’interrompt l’élève après deux minutes.
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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
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