5.02.24
- Vincent Francey

J’écris : la voilà. Elle, c’est Séraphine. Elle a peur d’entrer mais il faut bien. J’ai peur de la faire entrer dans ma vie. Elle, c’est mon arrière-grand-mère, que je n’ai pas connue. Elle s’apprête à devenir le personnage principal d’un roman qu’un jour j’écrirai mais qui se refuse. Elle reste immobile. Moi de même. Je lui ressemble. Je ne sais rien d’elle. J’ai des dates : 1889-1963. Dans mon roman, elle a dix ou onze ans. On est — c’est écrit dans un vieil article placardé à l’entrée de la grotte, l’une des deux, la grande, pas la petite — au tournant du siècle. Ils sont plusieurs enfants à dormir dans cette grotte, été comme hiver. Séraphine habite juste au-dessus. Elle vient de temps en temps leur donner des restes, pour manger. C’est ce que j’imagine, ce que j’invente, mais peut-être était-ce vrai, je ne sais pas. Je ne sais rien. Suspension entre deux mondes, le sien, le mien, mais quelque chose d’elle en moi, quelque chose de cette grotte en moi, une inscription gravée dans la molasse, dans la chair, les lettres d’un clavier d’ordinateur, des signes à déchiffrer aux murs, le monde de la forêt où elle se trouve, un monde où (je ne sais plus si j’ai tenté une suite ou si Séraphine est restée là, au seuil de moi).
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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
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