Blog suisse de littérature

6.01.24

  • Francey Vincent

L’auteur s’incline devant le public qui le hue. L’auteur, c’est Henry James, c’est David Lodge, c’est moi. Je rêvais de théâtre : brûler les planches ou caché dans ma loge entendre sussurer par des stars des mots de mon crû puis courir, prendre la main de la plus jolie comédienne, m’incliner devant le public debout ; mais on me siffle. Alors j’écris des romans et je ne lis pas les critiques. Je ne suis qu’un nom sur la couverture. Je m’appelle Henry James (on me confond parfois avec mon frère, William, le psy), je m’appelle David Lodge, je m’appelle Vincent Francey (mon frère est musicien, on nous confond souvent) et j’écris, je raconte la vie des autres, je me mets à la place d’Henry James, célibataire endurci (un seul de nous trois s’est marié), et j’espère que l’écho du triomphe parviendra jusqu’à moi, non pas que je sois vaniteux mais pour avoir l’impression de ne pas avoir bossé pour rien, en pure perte, incompris de tous. L’auteur qu’on fait monter sur scène sait que ce n’est pas sa place, qu’il ne saura pas feindre l’indifférence, que se montrer c’est se donner en pâture aux chiens, alors il reste tapi dans l’ombre de sa loge et rumine : c’est la faute au metteur en scène s’ils le sifflent.


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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.

Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.