Blog suisse de littérature

7.02.24

  • Vincent Francey

Les têtes penchées sur l’écran ne sont que le reflet d’elles-mêmes, comme si l’écran les avait avalées, têtes de femmes, têtes d’hommes, je ne veux pas le savoir, ce sont des têtes baissées, fermées, inatteignables. Dehors, la gare est en fête. On a suspendu des guirlandes de lumière à des poutres. On a bricolé de l’électricité pendant les travaux qui durent depuis si longtemps en gare de Fribourg. Les trains continuent à s’y arrêter, jamais à l’endroit où ils devraient. La voix dit : « Voie trois au lieu de voie quatre, entrée de l’intercity. » Elle se trompe : les trains aux portes vertes ne sont pas des intercity. Ce sont des petits trains de campagne suisse allemande, qui s’arrêtent à Düdingen, à Flamatt, et qui transportent des têtes penchées sur des écrans qui ne sont que le reflet de ces têtes penchées sur des écrans, car je ne sais plus, à force de les regarder regarder les écrans si c’est la tête qui se reflète dans l’écran ou si c’est l’écran qui se reflète dans la tête. Celle en face de moi semble plongée dans quelque chose, mais dans quoi ? Je l’ignore. Les trains partent à l’heure, les voyageurs partent ailleurs. J’ai un livre qui m’attend, posé sur la tablette, un livre qui m’absorbera lui aussi, quand je baisserai la tête.


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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.

Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.