Blog suisse de littérature

Le Belvédère, Fribourg, vendredi 24 mars 2026, 14h40

  • Vincent Francey

Dix ans plus après, tu reprends ta série Au bistrot en te demandant ce que ces lieux sont devenus, si tu vas être capable de les retrouver, s’ils ont survécu aux crises, s’ils ont vendu leur âme, si la serveuse est toujours aussi mignonne, et tu retournes donc — ce n’est pas la première fois mais ça fait un moment — au Belvède, comme on disait, mais est-ce qu’on dit toujours, tu l’ignores, tu n’es plus un habitué des bistrots de Fribourg, à part le Marcello, mais c’est au Belvède que tu reviens et te voilà rassuré, son âme, un tel lieu ne peut pas la vendre, et sa terrasse reste la plus belle terrasse azimutale de ce côté de l’Oural. Les Anglais buveurs de vin d’il y a une décade sont partis et sont remplacés une horde de vieilles dames suisses allemandes buveuses de limonades. Toi, tu en est resté à la bière, malgré une carte des boissons qui s’est étoffée jusqu’à l’absurde, une bière blonde à la pression, tout ce qu’il y a de plus ordinaire, mais l’ordinaire ne t’effraie pas, tu as tes petites habitudes, tes manies, tes obsessions. Et la serveuse ? Elle reste derrière son bar et les gens font la queue. Est-ce que c’était déjà le cas il y a dix ans ? Tu ne t’en souviens plus. Et la vue ? Tu te pose sous les grands arbres en te demandant si ce sont des marronniers parce que tu ne connais pas mieux qu’il y a dix ans le nom des arbres, ce qui ne t’empêche pas de les aimer, surtout quand ils font de l’ombre. Le soleil brille. Tout le monde est sur la terrasse azimutale avec vue sur l’Oural, à moins que ce ne soit l’hôtel de ville, la Maigrauge, la basse ville et ce putain de NH Hôtel qu’ils ne se sont toujours pas décidé à raser. Les couples qui se bécotent sur les canapés. Il fait trop beau. Les livres ? Toujours fermés. Les clients ? Souriants. Des touristes. Des étudiants en vacances. Des profs en congé. Des solitaires à ordinateur qui écrivent ou font semblant et une envie soudaine mettre fin à ce qui s’écrit pour bouquiner, est-ce que ce n’est pas un endroit parfois, le Belvède, pour bouquiner ?


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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.

Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.