Failloubaz se rendit alors à Paris chez le représentant de Santos-Dumont. L’envol d’Avenches ne se fit pas sans peine. La Demoiselle semblait réticente : qui était ce Santos-Dumont ? Grandjean qui la trifouillait afin qu’Ernest pût l’enfourcher sans anicroche fit semblant de n'avoir rien entendu. Est-ce que c’était un Argentin ou un Picard ? peut-être un Catalan ? un Savoyard ? Qu’importe, lui finit par lui répondre René, c’est à Paris qu’il vit et toi et Failloubaz, vous allez voler jusqu’à Paris, c’est compris ? La Demoiselle cessa ses jacasseries et bouda dans son coin jusqu’à ce que son chevalier servant vienne la sortir du hangar. – Allez, ma belle, en route pour Paris ? – Si tu veux que je roule, il faudrait d’abord que tu roules un peu mieux les mécaniques, mon Ernest. – Alors, en vol, ma belle ? – Pour Paris ? – Pour Paris ! – Jamais on n’arrivera jusqu’à Paris dans notre état. – Tu paries ? Ils finirent dans un arbre à Neuchâtel. Failloubaz n’avait décidément pas le sens des affaires. Il se rendit quand même chez le représentant de Santos-Dumont, mais en train. Celui-ci le toisa d'un regard morne : non, ça ne va pas aller. Failloubaz rentra à Avenches, il vendit la Demoiselle, tomba malade et mourut seul, ruiné. En laissant rouiller sa vieille mécanique, la Demoiselle rêva souvent des Champs-Elysées, du Trocadéro et de Roland-Garros. C'est la sueur du jardinier qui fait pousser les roses, mais c'est son rêve qui les fait fleurir.
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