30.09.24
- Vincent Francey

Le verger, de l’autre côté de la vitre, reste vert. Il cache le vieil immeuble, fait de l’ombre aux moutons. Le ciel commence à se couvrir. Je reste au chaud et je contemple les yeux du bois. Ceux de la paroi voient-ils ceux de la table ? Ils étaient là les premiers mais avant de rendre cet appartement chaleureux, dans quelle forêt vivaient-ils et que voyaient-ils ? Ils étaient coincés dans l’arbre, à la jointure du tronc et de la branche, et ils ne voyaient rien. Ils sentaient la sève qui monte. Leur forêt, je l’imagine proche d’ici : Berlet, Belmont, Bois-Girard. Les yeux de la table ont sans doute beaucoup plus voyagé. Ils viennent d’Amérique, d’Asie, peut-être même d’Australie. Ils ont fait le tour du monde, peut-être plusieurs fois, comme ces rideaux, tissés je ne sais où par je ne sais qui, et comme cette poignée de fenêtre. Les arbres du verger d’en face, où finiront-ils ? Dans un feu de cheminée, je le crains. Ce sont des arbres fruitiers dont on se fiche du bois. Tant que poussent poires à botzi, pruneaux et pommes acidulées, on les aime bien, mais dès qu’ils commencent à crevoter, on les transforme en copeaux et en sciure. Avec un peu de chance, je les retrouverai lors d’un prochain giron près de la tonnelle.
Comments and Responses
A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
Be the First to Comment