9.07.24
- Vincent Francey

Je prends note de la bibliographie, même si je sais que je ne lirai aucun de ces livres. Le type parle de Tahiti au temps des Lumières. Il raconte des voyages de ce temps-là. Il essaie de renverser le renversement opéré par les philosophes. Diderot invente le discours d’un Tahitien afin de démonter (le verbe déconstruire n’existait pas encore mais il s’agissait bien de cela) la pensée européenne. Le problème, c’est que Diderot, prenant la parole à la place du Tahitien, participe à son effacement, puisqu’Ahutoru, personne ne se souvient de lui en Europe, sauf ce type qui en parle et les quatre spécialistes qui on écrit des livres sur lui. Personne ne sait si ce que raconte Diderot correspond à ce que pouvait penser un Tahitien du dix-huitième siècle ou s’il ne s’agit pas des fantasmes de l’auteur des Bijoux indiscrets pour qui les sauvages ont forcément une libido effrénée et mènent une vie libertine parce qu’ils sont peu habillés. Si je lis les noms de la bibliographie, je constate qu’il ne sont pas polynésiens : monsieur Prudhomme aura beau raconter le voyage de la tortue tant qu’il voudra, le printemps en fleur n’en cessera pas pour autant, écrira Paul Verlaine, de briller sur ses pantoufles.
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A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.
Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.
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