Blog suisse de littérature

Diconner : dictionnaire peu commun

Les mots sont plus que ce qu'en raconte le dictionnaire. C'est pourquoi je vous propose de nouvelles définitions, une semaine pour des noms communs, la suivante pour des noms propres.

Vincent Francey

La santé, encore la santé, surtout la santé, tout tourne autour de la santé, parce qu’elle coûte cher et qu’il faut économiser, voyez-vous, alors, votre santé, monsieur-dame, c’est votre responsabilité, vous devez courir, sauter, mesurer votre rythme cardiaque et la température de votre vésicule biliaire, compter vos pas et vos hochements de tête, calculer en dormant la pulsation de vos ronflements, ne pas boire d’alcool, ne pas manger gras, sucré, salé, acide, amer, goûtu, succulent, fameux et…

Vincent Francey

Le voisin jaloux contemple, narquois, madame France qui s'enlise. Le voisin, derrière sa haie d'argent qui dort, n'a que mépris pour la douce France des gilets jaunes et des maillots bleus. Il rage, le voisin jaloux derrière sa haie, de voir se pavaner la France millénaire, la France royale et révolutionnaire, la France glorieuse et pathétique, la France-univers quand le voisin, planqué dans son coffre-fort, n'a à admirer que des barrières. Des montagnes, dites-vous ? Certes, mais la mer, elle…

Vincent Francey

Le plus simple, pour mesurer la température de l’eau, c’est d’y plonger les mains. Si celles-ci ne parviennent pas à en ressortir, c’est que l’eau n’est pas bonne. Si elles se précipitent hors de l’eau à l’instant même où elles l’effleurent, c’est aussi mauvais signe. Et si elles font la vaisselle, ce sont des mains de femme.

Vincent Francey

Unzen zen ? Unzen érupte, Unzen crache, Unzen dragonne, Unzen brûle, Unzen fume, Unzen arde, Unzen pas zen. Unzen dort. Méfiez-vous du volcan qui dort. Unzen prépare un sale coup. Unzen ronchonne, Unzen bouillonne, Unzen chauffe, Unzen complote, Unzen lisse sa lame d'Unzen samouraï, Unzen shogun, Unzen bushido, Unzen kamikaze, Unzen se venge, Unzen détruit, Unzen atomise, Unzen apocalypse, Unzen seul, il ne reste plus qu'Unzen et la mer du Japon, il n'y a plus de Japon, il y a Unzen et la mer,…

Vincent Francey

Fagot est devenu un mot de derrière les fagots, une rareté qu’on cache aux abrutis pour mieux en profiter entre gens de bonne compagnie, en sirotant une bouteille de bérudge dont vous me direz des nouvelles. La bérudge ? C’est une spécialité locale qu’on refuse de vendre aux touristes du langage qui souillent les mots les plus rustiques de leurs anglicismes assassins. Mais revenons au fagot : le fagot tient chaud au cœur, il brûle à petit feu, gentiment, sans pétrole et sans stress. On est allé…

Vincent Francey

Humaniste et dramaturge écossais, dit Robert. Traduction : le drame, c'est de devoir payer l'addition mais de le faire quand même, par humanisme. Radins, les Scottish ? Humains. Trop humains. George a bien proposé de payer le tout en panse de brebis farcie, mais ça n'a pas convaincu en haut lieu. Il en a profité pour voter contre le Brexit, juste pour emmerder les Anglais. L'humanisme a ses limites.

Vincent Francey

Si j’écris ici que je renonce à écrire sur le mot renoncer, c’est forcément que je n’y renonce pas, puisque renoncer à renoncer, ce n’est déjà plus renoncer. Et si vous cherchez à comprendre pourquoi je renonce à renoncer à renoncer, il vaut mieux renoncer.

Vincent Francey

Soit il ne lit pas.

Vincent Francey

Tirer un trait sur le ciel ou tirer un trait vers le ciel ? Ce qui est certain, c’est que jamais nous ne le toucherons. Nous tendrons vers lui à l’infini : il sera toujours aussi loin. On croira le frôler : ce ne sera rien. Au fond, tirer un trait sur et vers le ciel, ça revient tangentiellement au même, c’est-à-dire que ça ne revient pas, ça ne fait que partir, tout en restant immobile. En un point pourtant, en un seul point, il se pourrait que toucher le ciel soit possible. Dieu, s’il existe,…

Vincent Francey

Replonger dans les lectures anciennes. Nana : la déchéance d'une femme. Peut-être confonds-je avec Gervaise. Sa mère ? Sa fille ? Lecture d'adolescence. Livre disparu. Pas même sur l'étagère. Densité de Zola dans les détails assassins : qui est Nana par rapport à Jacques Lantier ? Sa mère ? Description d'un milieu, de ce qu'on appellerait aujourd'hui un écosystème. Les cocottes. Les putains. Quel est le mot juste ? Nana a son heure de gloire. Fausse. Elle a sa chute. Plus vraie que nature. Sa…

Vincent Francey

Encore un rhum ? Certes, mais avec quoi le mélanger ? avec des femmes et de la bière parce que c’est ça qui rend heureux ? On connaît la chanson : le lendemain, Blanche-Neige a foutu le camp avec le capitaine Crochet mais pas les petits nains qui creusent dur dans ta caboche fatiguée. Avec du coca ? Ça me rappelle trop ce bateau mauricien où, aveuglé par la crème solaire qui me faisait voir le monde flou, j’ai laissé quelques indigènes par trop entreprenants emmener mes sœurs visiter la salle…

La cohorte des philosophes d’antan a tendance à fondre comme neige au mois de mai. Qui reste-t-il ? Socrate ? C’est un joueur de foot, non ? Platon ? Un film sur le Vietnam. Aristote ? Harry ist tot. Diogène ? Il paraît que ça rend sourd. Chrysippe ? Qui Chrysippe ? Plus personne ne crie en slip parmi les philosophes, surtout pas quand ils sont, comme Chrysippe, stoïciens. Un stoïcien, ça sait se tenir, ça se maintient droit comme un i dans la tempête, ça se tait dans l’adversité, ça dit oui à…

Vincent Francey

C’est du jus de cabouillat qui coule dans vos veines vides, c'est du bouillon cabouillé, c'est de l’agave à gaver grave, c'est de la tresse très saillante et c'est de l’herbe gonflée qui brouille votre cervelle brouillonne. Dans votre caboche cabriolée, ça macère assez sévère, ça hume et ça fume humide, ça cabotine en cabillot, ça câble accablé, ça cambriole comme un cabri cabriolet. Qu’est-ce qu’un cabouillat ? T’as qu’à bouillir et tu sauras.

Vincent Francey

Sociologue industriel du travail à la chaîne, société enchaînée, industrieuse société travailleuse à la chaîne et travailleurs de sociologie entraînés dans la chaîne de la société : un sociologue, ça travaille ? Un sociologue, ça livre des livres à la chaîne et ça traîne ses livres au bout de sa chaîne ; un sociologue industrieux, ça travaille ses livres à la chaîne et son travail, c’est le travail des autres qui l’entraîne, et son industrie, c’est celle du travail que d’autres font à sa place,…

Vincent Francey

Rendre présent. Donner vie aux mannequins qui déambulent. Je vous présente madame X. Elle a soudain un nom. Je vous présente monsieur Y. Ils se connaissent. Je me présente : je sais qui je suis. Maintenant que les présentations sont faites, le jeu est ouvert. Puis on s’absente, et le jeu se referme. Il faut recommencer. Je vous présente madame Y. Ah oui, il me semble que… Je vous présente monsieur X. Ah non, encore lui, très peu pour moi. Je me présente : c’est bon, je sais qui je suis. Du…

Beau-fils, frère et père d’empereurs romains, sur le CV, ça fait joli, mais en vrai, tout le monde s’en tape, du bon Drusus. Auguste, oui, on s’en souvient, du divin Auguste chanté par Virgile, on a tous appris des trucs par cœur là-dessus, il est devenu star jusqu’au cirque Knie, le père Auguste ; Tibère, passe encore, Claude à la limite, on ressent un vague ressac de tragédie où se réveillent des Britannicus et des Agrippine ; mais Drusus, coincé entre ces peoples, ne fait pas le poids. Il a…

Vincent Francey

La calvitie inhibe toute tentation de brushing. Un chauve à bouclettes, même si tous les goûts sont dans la nature, ne brille pas par son sex-appeal. Je vais donc continuer à me raser la tête pour faire croire qu’ils ne tombent pas tout seuls. Pour le brushing, si jamais, on se rabattra sur des perruques.

Vincent Francey

Soif de Guinness, c’est-à-dire faim. De Dublin, c’est à cause de la faim qu’on fuyait. Dublin : dernière escale avant l’Amérique. Dublin, faut-il dire « du blain » ou « deux bline » ? Il y a un livre qui s’appelle Gens de Dublin mais je ne l’ai pas lu. Alors quoi ? Seulement la Guinness ? Ne connaître d’une ville que ce que l’on y boit, belle mentalité ! Quoi d’autre ? La bouffe ? De la Guinness aussi, on l’a déjà dit. Les filles ? Rousses avec la peau blanche et les yeux verts, genre Fifi…

Vincent Francey

Injonction : sois en forme ! En forme de quoi ? En forme. Court, long, carré, les Barbapapa, tout a déjà été dit. On touche le fond. Mais on ne touche pas la forme. Ça la déforme. Si, comme le chantait Boby Lapointe, c’est moche quand le fonds fond, c’est pire encore quand la forme forme. C’est un puits sans fond qui se forme. Puis la forme forcément se déforme à fond. Bref, la forme n’a pas la forme. Nous lui préfèrerons les formes et les fondements, si possible avantageux, car nous ne sommes…

Vincent Francey

C’était cool, les coolies, au temps joli des colonies, t’en souviens-tu, ma jolie ? Cools coolies dans le riz, cools coolies dans le nem, c’était cool, les coolies, au temps joli des colonies, au temps joli des colonels, au temps joli des collabos, c’était cool, les coolies, au temps joli des colonies, t’en souviens-tu, ma jolie ? Ça s’appelait Cochinchine, ça t’émoustillait, ma jolie, tous ces cools coolies des colonies, ça s’appelait Tonkin, te souviens-tu des Tonkiki des Tonkinoises, ma…

Vincent Francey

- Vous êtes brillante, mademoiselle, je dirais même plus, vous êtes surbrillante, mademoiselle.

Entendez-vous dans nos campagnes ? Ça mugit féroce, bonnes gens, il est temps de planquer vos fils et vos compagnes dans vos bunkers, parce qu’il y a de l’égorgement dans l’air, ça va pas tarder à vous péter à la gueule, cette affaire, moi je dis. Ne voyez-vous pas déferler sur les nantis ces hordes sanguinaires de gilets jaunes assoiffés de vengeance ? Ne sentez-vous pas ce délicat fumet de guillotine vous titiller les narines ? N’apercevez-vous pas sur l’horizon cette fumée qui sans feu ne…

Il faut aujourd’hui constamment se former, sinon on reste informe alors qu’il faut être en forme. En quelle forme ? Peu importe. La forme évolue avec la mode, avec le vent, avec la rapidité d’un tweet que personne ne lit et avec les injonctions des picsous qui nous gouvernent. Il faut se former au bilinguisme, à la pelote basque, à la bureautique, à la rumba, au management participatif, à la méditation zen, à la culture du chou de Bruxelles en zone tempérée (activité pour laquelle je suis hélas…

Économiste américain. La fécondité, prétend-il, est liée au marché du travail. Traduction : ça baise au boulot. Autre idée : le BIB (rond). Bonheur intérieur brut. Traduction : plus ça baise au boulot, plus ça croît ; plus ça croît, plus on fait des bébés ; plus on fait des bébés, plus on est heureux – j’aime la vie, je fais des bébés, chante Sarcloret, un fervent easterlinien – ; plus on est heureux, moins on travaille ; moins on travaille, moins ça baise au boulot ; moins ça baise au boulot,…

Voilà un mot qui fait instantanément mal à la tête et au dos. Que signifie-t-il ? Etre bloqué dans son lit avec une sciatique ? Scier son lit en deux parce qu’il est infesté de tiques ? Pire : c’est une lampe qui supprime les ombres, une sorte de Lucky Luke des salles d’opération qui évite au chirurgien de se tromper : « Veuillez nous excuser, monsieur, nous avons greffé un foie sur votre ombre. Elle l’a rejeté à la tombée de la nuit. » Avec le scialytique, plus l’ombre d’un doute : à votre…

Roi de Siam. D'emblée, l'exotisme. Râma VI. Des bras en plus qui poussent. La trompe d'un éléphant. L'Européen laisse défiler les pierres précieuses et les clichés. Orient extrême poussé jusqu'au rêve. Siam. S'en croire le siamois. Ne penser qu'aux chats.

Sus aux dextristes tristes et déstructeurs ! Sus aussi aux sinistres gauchistes ! La dextre, c’est la vieille droite, la conservatrice, celle qui n’a pas su se convertir à temps au bougisme macrono-postmoderne, celle qui reste plantée dans son terroir millénaire, dans ses principes rances, dans son immobilité foncière. Bouge-toi, vieille dextre, sinon ce sera le règne de la sinistre, la geste des sans-culottes ! Ne sois pas, vieille dextre, sans culot face à la masse qui déferlera pour…

Une flèche --> Hailé Sélassié Ier --> donc pas un Finlandais --> un coureur de fond ? --> champion olympique du 10'000 mètres en quelle année ? --> Paavo Nurmi, le Finlandais volant ? --> Anvers 1920 et Amsterdam 1928 --> 30 min 18 s 8 --> un Ethiopien --> Kenenisa Bekele ? --> Record du monde --> 26 min 17 s 53 --> Bruxelles 2005 --> l’Ethiopien volant ? --> Haile Gebrselassie ? --> on se rapproche --> à la course --> plus vite ? --> plus long --> record du monde du marathon --> Berlin 2008…

L’Eglise se mélange les vitraux. Est-elle dyslexique ? Ce qui est saint, ce n’est pas le sulpice, c’est le supplice, c’est le fouet, c’est la lance dans le côté du Christ, c’est la croix, c’est l’éponge de vinaigre, c’est la couronne d’épines, c’est la soif, les clous, le cilice, le jeûne et l’abstinence. Mais voilà, les hommes sont les hommes, ils rechignent au martyre, ils renâclent devant la torture, ils s’affolent au moindre bobo, ils se dégonflent en s’asseyant sur la moindre punaise.…

Afin de ne froisser aucune susceptibilité, nous omettrons d’affirmer quoi que ce soit à propos de l’île de beauté, dont les habitants ne sont – évitons tout malentendu – absolument pas susceptibles. Ajoutons en outre que nous n’avons aucune attirance pour leur sœur que nous trouvons cependant fort attirante.

Ailleurs, c’est une utopie.

Théodule Ribot, voilà un nom qui sent la naphtaline, un nom tout droit sorti d’une obscure officine savante prenant la poussière depuis le dix-neuvième siècle, un nom qui fleure bon le Collège de France (après vérification faite sur Wikipédia, sans quoi aucun étalage de culture ne serait possible aujourd’hui, mon intuition – ou mon coup de génie – se trouve confirmée : Théodule Ribot fut en effet dès 1889 titulaire d’une chaire de psychologie expérimentale et comparée au Collège de France, je…

Vincent Francey

On a d’emblée plus de respect pour un burgrave que pour un maire, trop efféminé, ou que pour un syndic, trop revendicatif.

Le nom, ça fait acteur de série.

Il se cache sous sa barbe quelque part entre Altdorf et Stans, le Suisse primitif.

Des voix entremêlées qui s’enguirlandent sans colère pour atteindre en leurs caresses sinueuses l’accord parfait qu’en tâtonnant chacune pleurera tour à tour. Soudain : c’est ensemble. Soudain : ça sonne. Musique dans le noir, son écho sur les pierres, mille regrets, vraiment mille et mille encore, milliers de millions de regrets solitaires, milliers de millions de regrets de quoi ? Il suffirait de chercher à saisir ce que ça dit. Milliers de millions de regrets de vous abandonner ? J’ai si…

« Tu m’auras pas... »

Forçat repenti, Jean Valjean pas gentil qui tourne en Javert, Vautrin le roux reste tapi dans l’ombre. Personnage ambigu, effrayant, faux, on a l’impression – depuis combien d’année n’ai-je pas lu Balzac ? – de n’avoir devant son œil qu’une silhouette sur un mur, une sorte de fantôme, mais peut-être cette impression n’est-elle due qu’à ma mémoire défaillante, qu’au traumatisme scolaire que fut, à l’âge où lire veut dire trépider, mon premier contact avec Le Père Goriot, les quarante pages…

Les treize étoiles ont été emportées par les flots. On les a retrouvées au fin fond du lac du Bouveret. Elles ont perdu toute envie de vivre. Sans doute les a-t-on forcées à boire du vin vaudois. De Brig à Saint-Maurice, tout le Valais déborde. Le Rhône se prend dans le Bas pour le torrent qu’il est dans le Haut, il cause en bourbine jusqu’à Marseille, il danse des mazurkas en patois, il s’éparpille jusqu’à Barcelone puis jusqu’à Bruxelles, où il se plaint à la Commission des normes trop…

Ce fut la révolte des Moldus. Le temps des sorcières et du feu au cul. Ce fut le temps de la grande chasse : chasse à l’homme, chasse à la femme, chasse gardée de notre Sainte Mère l’Eglise. En ce temps-là, gens de peu de foi, vous trembliez à son seul nom : Inquisition. Sainte Inquisition. Il suffisait de le prononcer, ce nom, et vous redeveniez, gens de peu de couilles, gentils comme des agneaux le Samedi Saint sous le couteau du Grand Boucher. Inquisition : vous pissiez dans vos frocs de…

Diconner commun