Blog suisse de littérature

Bienvenue sur lie tes ratures

Bienvenue sur lie tes ratures, le blog de mes expérimentation littéraires, où vous pourrez notamment feuilleter mon carnet de bribes et de réflexions diverses, mon album de photos prises à heure fixe, mes pérégrinations diverses ainsi que les livres qui m'inspirent.

 

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Vincent Francey

Petit plaisir d’écriture, quand les fils tirés se recousent à l’improviste. L’homme à la valise est de retour. On commence à piger. C’est étrange comme les idées viennent. On pense que toutes les balises qu’on a lancées se sont perdues dans l’océan, mais elles remontent à la surface en prenant un sens qu’on n’avait pas prévu mais qui soudain semble évident. Il m’est impossible d’écrire en suivant un plan, parce que j’y perds ce plaisir du hasard d’un dénouement qui va jusqu’à me surprendre…

Vincent Francey

À force de n'aimer qu'à peine, jamais on ne se marie.

Promenade faussement patriotique au bord du lac de la Gruyère.

C’est par lui

(lui qui luit lui qui lut oui lui)

Quand arrive le trio (ah, c’est le trio !), la percussion est censée jouer moins fort. Moins quoi ? Tu veux quand même pas qu’on tape doucement sur la grosse caisse ? On n’est pas des clarinettistes ! Et pis quoi encore ? Pendant que t’y es, on sort le triangle et on se secoue les maracas ! Une marche, c’est une marche et ça se joue à coin, droit bas du début à la fin. Et puis, bon, il faut que les trompettes et le cor entendent le temps pour pouvoir planter leurs clous comme il faut, sinon ça…

Entendez-vous dans nos campagnes ? Ça mugit féroce, bonnes gens, il est temps de planquer vos fils et vos compagnes dans vos bunkers, parce qu’il y a de l’égorgement dans l’air, ça va pas tarder à vous péter à la gueule, cette affaire, moi je dis. Ne voyez-vous pas déferler sur les nantis ces hordes sanguinaires de gilets jaunes assoiffés de vengeance ? Ne sentez-vous pas ce délicat fumet de guillotine vous titiller les narines ? N’apercevez-vous pas sur l’horizon cette fumée qui sans feu ne…

Petite réflexion sur la mort et la musique, accompagnée par Charles Gounod.

Une plage sans sable, coincée entre un hôtel de ville à triste tour et une cathédrale à l’air inachevé, voilà ce que l’on peut se permettre à Fribourg en guise de grandes vacances : une vague ressemblance avec Barcelone. Quelques couples aux jambes encore biantzettes s’assoient sagement sur des transats rose bonbon ou sur des chaises de jardin vert pomme. Ils optent presque toujours pour des cocktails, parce que se poser à une table avec un ordinateur et boire une bière, même exotique parce que…

Les crocs des chiens peuvent briser des vies, surtout placés là où ça fait le plus mal. Il s’appelait Cuéllar, on l’appelle désormais Petit-Zizi. Au début, il s’en agace, puis il s’y habitue, du moins en surface. Puis vient le temps des filles, les copains qui se casent, lui qui ne peut pas, lui qui fait le fou, puis qui tombe pour de bon amoureux, lui qui n’ose rien dire, qui se fait couper l’herbe sous le pied, qui fonce très vite dans sa grosse voiture, lui qui affronte l’océan, lui qui finit…

Je suis au centre du ricochet. Autour, le bleu fait des vagues puis se brise en terre pour mieux s’émietter en ciel. Tout tourne autour de moi. Je suis le centre de la roue d’eau, le cœur du carrosse lacustre, le rien immobile qui meurt du mal de lac. Ces montagnes au loin sont-elles plus que la fêlure de mon esprit pas assez limpide ?

On connaît ses manœuvres. Prêt à tout pour éviter de sortir son porte-monnaie, il trouve toujours le moyen pour oublier de payer leur dû à ses subalternes. Il critique leur travail, forcément mal fait, retient sur leurs salaires des sommes presque aussi importantes que la totalité de ce qu’il leur doit, fait l’étonné si on lui fait remarquer que rien n’a encore été versé, accuse son comptable, ce qui lui permet de retenir également sur le salaire de celui-ci, monte sur ses grands chevaux en…

« Monsieur, on peut faire l’amour ? » La question me prend par surprise en plein cours de français. Pas besoin de déserter ce matin. Si elles avaient dit (eh oui ! elles étaient deux…) « tu viens, mon biquet ? », peut-être aurais-je cédé. C’était un jeudi. Il ne s’agissait que de La Cafetière de Théophile Gauthier. La belle Angela (la petite C., la petite J.) n’était qu’un rêve, qu’un fantasme inassouvi. Tout cela n’est resté que littérature, délire romantique, gribouillis fantastique. Je suis…

Il faut aujourd’hui constamment se former, sinon on reste informe alors qu’il faut être en forme. En quelle forme ? Peu importe. La forme évolue avec la mode, avec le vent, avec la rapidité d’un tweet que personne ne lit et avec les injonctions des picsous qui nous gouvernent. Il faut se former au bilinguisme, à la pelote basque, à la bureautique, à la rumba, au management participatif, à la méditation zen, à la culture du chou de Bruxelles en zone tempérée (activité pour laquelle je suis hélas…

Des voix et un nom.

Gargouillis de fontaine, eau de pluie sous les pneus, klaxons bernois, deux vieux, leur bouche qui remue, la voix du vent dans mes oreilles.

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Lire est un voyage. Lire-ville. Lire-gare. Lire-port. Lire-pont. Voyager, c’est lire, lire la ville, lire les gares, lire les ports, lire les ponts, lire les fleuves, lire les montagnes, lire les ombres barbues, lire les vieilles photographies, lire les chaînes de fer, lire l’infinie variation du monde-mots, lire l’invariable finitude des mots-monde, lire immobile le voyage impossible des longues vies pendant lesquelles toi, tu m’avais oublié.

Troisième entrelac, à la fin de l'été, sur la plage de Cheyres.

À qui

(COI qui restera cois)

Il faut entrer discrètement, ne pas troubler les voix qui se cherchent, qui se courent après et qui se retrouvent dans des vocalises où Jean-Sébastien s’amuse à nous emmener au paradis. Pour l’instant, c’est la répétition, c’est-à-dire le purgatoire, le temps de la pierre de Sisyphe et de la respiration impossible ; mais déjà l’auditeur qui essaie de se faire tout petit perçoit un coin de ciel bleu au travers des sombres vitraux.

Économiste américain. La fécondité, prétend-il, est liée au marché du travail. Traduction : ça baise au boulot. Autre idée : le BIB (rond). Bonheur intérieur brut. Traduction : plus ça baise au boulot, plus ça croît ; plus ça croît, plus on fait des bébés ; plus on fait des bébés, plus on est heureux – j’aime la vie, je fais des bébés, chante Sarcloret, un fervent easterlinien – ; plus on est heureux, moins on travaille ; moins on travaille, moins ça baise au boulot ; moins ça baise au boulot,…

Quelques réflexions à propos du Journal d'Anne Franck, vu vendredi passé au Théâtre des Osses et lu il y a longtemps.

Sagres en bouteille et barbus faussement éthiopiens, ouvriers portugais et retraités suisses à l’œil triste, voix de partout qui se chevauchent et se racontent une journée ordinaire pleine d’aventures en s'envolant vers les plumeaux qui servent de lampes à ce carrefour coincé entre les montres Festina et le Marché Istanbul, souk ordonné et sans senteurs pour ne pas attrister plus encore l’œil des retraités suisses qui se sentent envahis : voilà la vie quotidienne d’une ville en Suisse. La…

Ambiguïté, tel est le ressort de la nouvelle. Ambiguïté de l’amour. Ambiguïté du genre. Ambiguïté de la séduction. Un homme raconte une histoire à une femme pour la séduire. C’est l’histoire d’un autre homme et … arrivent l’ambiguïté, le ridicule et le tragique mélangés, le règne des apparences qui déborde sur le principe de réalité. Qui est ce vieillard étrange ? Quel fut son drame ? Pourquoi faut-il que les hommes amoureux soient si dupes ?

Le Rhône est jaloux de la Sarine. Lui aussi, il voudrait être fribourgeois. Alors il demande à l’ombre des sapins de le couvrir en s’arrangeant pour écumer de l’autre côté. C’est plus écolo que les sacs de farine et le charbon.

Jean Calmet se savait frère de cette eau : elle coulait en lui, elle le traversait, elle l’emportait à travers la plaine vers les collines boisées, les herbages, les villes allemandes, le Rhin…

Après l’horreur, après le massacre du Bataclan, il faut hurler la douceur de la France, sa frivolité, sa légèreté, ses chansons de rien, ses mots rigolos (fesse-mathieu ou guilledou), ses terrasses de novembre, ses marchands de bon Dieu inoffensifs, ses laïcards en liberté, ses Charlie, ses Charlots et ses Charlus. La vie à la française, c’est le contraire de la connerie des fanatiques, c’est un boulevard à l’ironie, un dessin de Cabu, une rengaine oubliée de Maurice Fanon.

Voilà un mot qui fait instantanément mal à la tête et au dos. Que signifie-t-il ? Etre bloqué dans son lit avec une sciatique ? Scier son lit en deux parce qu’il est infesté de tiques ? Pire : c’est une lampe qui supprime les ombres, une sorte de Lucky Luke des salles d’opération qui évite au chirurgien de se tromper : « Veuillez nous excuser, monsieur, nous avons greffé un foie sur votre ombre. Elle l’a rejeté à la tombée de la nuit. » Avec le scialytique, plus l’ombre d’un doute : à votre…

Appel. Ils sont venus, ils sont tous là. L’un après l’autre, ils tentent le coup, bavardent à foison ou se laissent tirer les vers du nez, font semblant de piger ou pigent vraiment, jouent leur avenir sur le hasard d’un texte. J’écoute, parfois titillé, souvent ennuyé. Je note. Je décide. L’expert, lors des examens oraux, le type inconnu qui gribouille sans cesse, qui lève des fois la tête pour vous dévisager, qui fait la moue ou qui sourit selon ce qu’on dit, ce fut moi aujourd’hui. J’ai été…

Les chats s'enfuient quand fond la neige.

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Impossible de ne pas l'entendre, la voix, impossible de ne pas superposer Léo à Guillaume à Vincent, impossible de ne pas frôler la folie tant les mots interlopes nous emmènent, Léo, Guillaume et moi, dans ces lieux sordides d'avant-guerre, dans ces enfers parfumés, dans ces bouges d'amour à payer. Impossible aussi de se dépêtrer de cette haleine antisémite teintée d'arrogance coloniale. Quitte à tomber plus bas que terre, autant se vautrer dans la fange la plus nauséabonde et y prendre, sans…

Retour d'enfance : que reste-t-il de mon enfance sur les lieux où je l'ai vécue ?

Mais l’heure fatale

(ça pue la date à apprendre par cœur, cette affaire ! quand le prof d’histoire se met à faire dans le solennel, t’es sûr que voilà que se pointe un truc que si tu le sais pas, tu passes pas l’année.)

C’est l’heure des horreurs, l'heure où l'ont vomit par bols entiers, l'heure fatale où les rires ne savent plus s’ils ne sont pas en même temps dégueulons. L’apéro dînatoire a terminé sa course dans le caniveau, comme ça, d'un coup, parce que quand on a un peu (très peu) de dignité, on ne vomit pas pendant dix minutes, c'est dégueulasse, ça ne se fait pas, c'est mal élevé. Une seule masse qu'on dépose en vitesse et hop, on reprend une suze avec la fanfare, histoire de justifier le massacre.…

Roi de Siam. D'emblée, l'exotisme. Râma VI. Des bras en plus qui poussent. La trompe d'un éléphant. L'Européen laisse défiler les pierres précieuses et les clichés. Orient extrême poussé jusqu'au rêve. Siam. S'en croire le siamois. Ne penser qu'aux chats.

Parler de rien, à partir d'un mur blanc, comme écrire sur rien, à partir de la page blanche.

Variation à partir de la sixième proposition de l'atelier d'hiver de François Bon : www.youtube.com/watch

Hommage aussi à la compositrice fribourgeoise Caroline Charrière.

Les solitaires restent dedans. Ils sont perdus dans les réseaux asociaux ou dans les journaux de la veille. Ils mangent à des heures incongrues. Eparpillés, ils justifient la taille du lieu. Les solitaires, ça prend de la place. Sur la terrasse, mince bande de tables au bord de la route, il semble que les gens parlent entre eux. Dedans, seule une vague musique, une voix féminine énervante (toutes les voix féminines sont énervantes quand on est solitaire) nous accompagne dans la monotonie d’une…

L’Anschluss : une date à apprendre, une étape de plus vers la guerre, une extension presque naturelle de l’Allemagne nazie, le retour triomphal au pays du petit moustachu. Presque rien. Une tragédie pourtant. Une tragédie banale. Des patrons qui financent le diable, des ministres qui signent des décrets, un dictateur oublié qui se dégonfle, des peuples qui se laissent faire ou qui font avec ou qui se défoulent sur les juifs. L’Autriche est envahie sans un coup de feu, dans un balai lamentable de…

Chez Stéphane, les estomacs se réjouissent comme des gamins en pantalon vert. Ils vont bientôt s’emplir de douceurs.

Route de Corcelles, depuis l’aube, une escouade de gendarmerie et deux policiers de Payerne attendent Fernand Ischi au pont de la Riollaz qui enjambe la voie du chemin de fer entre les entrepôts rouillés, les ateliers désaffectés, les locaux de la bière Beauregard.

Face à Francis Cabrel, on hésite toujours entre le rire pouffé et l’attendrissement nunuche.

A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.

Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.