Blog suisse de littérature

Âme-sons : écriture sonore

Qu'ils soient musiques, bruits ou paroles, les sons sont partout. Nous sommes assaillis constamment par ceux-ci mais la plupart du temps nous ne prenons pas la peine de les écouter vraiment. Cette série d'âme-sons se propose d'écrire à partir des sons de deux façons différentes. La première essaie de traduire ce qu'est pour moi la musique et la seconde se base sur des sons enregistrés au hasard de mes pérégrinations.

C’est le moment de flottement avant la musique : des sons sont testés, des aigus se cherchent, des traits se tirent, des rondeurs s’échafaudent. Les chanteurs, eux, causent. Ils ne savent user que de leur voix et souvent ils l’usent en vain. Le chef doit alors donner de la sienne et exiger le silence. Place enfin à la musique de pendant la musique.

La maison de mon enfance.

Les supporters de la Nati, sous les glorieuses bannières du roi de France et du duc d’Autriche, ne feront qu’une bouchée du Téméraire et de son armée de tapettes – ah, ah ! – parce que le cor épouvantable des batailles, encore un peu éparpillé, sera bientôt lui-même l’éparpilleur en chef. Vos corps épouvantables tomberont sous l’assaut de nos piques qui jamais ne rouillent et nous culbuterons vos Bourguignonnes vaincues en nous goinfrant de bidoche avariée et de Pinot Noir. Pour vous tous, ce…

Pas du tout mon type ? Attention : ce sont les pires. L’air a l’air léger ? Un orage couve dans la cambrure magique. Coup d’un soir ? Coup de foudre ! On avait juré de ne plus se laisser berner mais voilà qu’à notre cœur défendant, un tu nous tue. On se torture de jalousie, on se swanne pour des Odette qu’on aurait dû fuir et on s’annihile pour des Annie sans île. On aurait pu fuguer, bien sûr, mais Fugain chante dans notre cervelle siphonnée une mélodie qui tape l’incruste, un « je t’adore »…

Nicolas avait trente ans. Il préférait en ce temps-là le sein au saint et guerroyait à tout va, la lance au vent. Nous autres braves Helvètes sommes ses enfants. Il nous sema gaiment dans les campagnes bourguignonnes. C’est depuis ce jour-là que nous sommes les rois de la fondue. Le souvenir, me chantez-vous, est hésitant. Certes, mais Dorothée – l’épouse de Nicolas, pas la copine des Musclés, qui ne chantait pas encore en ce temps béni – fut cocue bien avant que son mari ne la plaque pour…

« Le cœur chaud et la motte humide », ne voilà-t-il pas un idéal qu’on se verrait bien tripoter ?

Monotonie des pas. Le marcheur ne s’entend plus poser le pied. Il croit voler. Au vent. Mais les pas continuent, réguliers parfois, s’accélérant d’autres fois, prenant leur temps, toujours binaires, parfois heurtés, jamais arrêtés, même par le congénère à qui il faut dire bonjour par tradition.

Le kitsch austro-hongrois est plus supportable que le kitsch ordinaire parce qu’il réveille un empire disparu dans les brouillards d’un passé de paillettes et de baise-mains qu’on regrette un peu, au matin du 1er janvier, la tête lourde et l’oreille noyée dans un Danube qui n’a de bleu que le souvenir. La veuve joyeuse de jadis s’est mise à pleurer. On se sent l’envie de lui passer sur la joue un mouchoir de flanelle brodé aux initiales de Sissi Impératrice et on sort ses tempos en pleurant dans…

Les enfants dans la neige glissent et grincent. Il faut avoir vingt-huit yeux derrière la tête pour s’y et les retrouver. Où est passée Béatrix ? C’est laquelle, Béatrix ? Celle qui a disparu. C’est pas sûr que ça va m’aider pour la reconnaître. Là, il y a… Non, ça, c’est le bébé ; Béatrix, c’est pas le bébé ? Euh… ça dépend jusqu’à quel âge on est bébé, mais le bébé, il est plus petit que Béatrix, et il est là, donc non, Béatrix, c’est pas le bébé. Et Alexandre, c’est lequel ? Alexandre, c’est…

Le sacré, chez Mozart, c’est toujours de l’opéra.

Toujours des voix, comme Jeanne d’Arc autrefois, des voix au loin, de vagues voix derrière le mur, des voix étrangères, des voix étranges, les voix secrètes des femmes qu’on ne voit pas, les échos des désirs inassouvis m’empêchant de dormir.

« Brigands ! » L’insulte est devenue gentillette.

Soirée choucroute. J’étais à la table des percus. Les mères culs dansaient avec Gérard. Elles étaient belles, puisque le dit la chanson, en dentelles ou en blue-jean, peu importe, toutes les femmes sont belles, même les mères culs, en leggings ou en uniforme, en salopettes ou en marcel, surtout les mères culs, même en pyjama ou en burkini. Aïe, aïe, aïe, qu’elles étaient belles, les mères culs ! Mais nous, bêtement, nous buvions des bières à la table des pères culs. Les femmes étaient belles…

La névrose du frigo dévore les femmes à l'allure pas assez belle.

Qui sont ces gens qui causent dans un bocal ?

Il faut toujours qu’il en fasse juste trop comme il faut.

Malgré les pom pom pom des gros tubes, gens sans finesse ni légèreté, la chanson de Montagny – et ses trente-neuf couplets et demi – est toujours un moment de bonheur.

Entre la pudibonde et la gourgandine, laquelle choisir ?

Soixante-sept, double quine, sieben und sechzig, série dix-huit, carton quatre cent huit, la double quine est valable, je marche, je marche, je marche, il a neigé à pattes, septante-quatre, vier und siebzig, je marche, je marche, je marche, il a fallu quand même venir, soixante-quatre, vier und sechzig, qui c’est qui n’en veut de mes volantes, des bleues, des roses, des orange, quarante-huit, acht und vierzig, série Monaco, que le temps est long, les chiffres, les chiffres, les chiffres,…

Le jour, la nuit et toute une attente silencieuse.

Rue des kebabs, on refait l’élection truquée en s’empiffrant de sodas qui font roter. On défend Erdogan, le héros qui a redonné sa fierté aux Ottomans.

Les cloches de Noël bientôt sonneront. On fera les cloches sacrément. Salut Marie, comment ça va ?

Portière qui claque, rétroviseurs qui ferment les oreilles, me voilà à la maison où on se salue par des voyelles.

Voilà l’Amérique comme on l’aime, souriante, noire et déglinguée.

Pour le rectangle enfermé dans la poche de la veste, l’homme qui marche dans la neige a l’air d’une locomotive à vapeur croisant de temps en temps une voiture : Pacific 231 qui prendrait l’autoroute.

Cette chanson intrigue quand on s’appelle vraiment Vincent.

Voix joyeuses, moteurs pétaradants, frottements de clés dans la poche, l'appareil qui s'enclenche tout seul.

- Je suis inscrit, on va reboire un verre.

Je ne suis pas de ceux qui se lèvent.

Nanoul, en répétition, avait cru, alors que je trillais, que son téléphone sonnait.

Le gospel s’anoblit quand le chariot roule dans un ciel sans cailloux.

S’il est une chanson d’actualité, c’est bien celle-là.

Il fut un temps où les enfants sorcières ne jouaient pas au quidditch.

La rame, belle et nue, plonge dans l’eau fraîche.

Fidel Castro traîne en pantoufles dans les rues vides de la Havane.

Les Beatles, après avoir cassé les fauteuils de toutes les salles d’Europe et suscité l’hystérie collective des pisseuses du monde entier, terminent leur carrière fulgurante en roue libre dans des vapeurs d’opium, l’œil vague perdu dans des galaxies floues, la guitare ramollie baignant dans le Gange et la ganja, déjà dissous.

En écoutant Lynda Lemay, on balance entre les larmes et l’ironie.

Même la mélancolie, chez Sarcloret, ne peut s’empêcher de tripoter des nichons.

La magie de la chanson ? Truquée, bien sûr.

Voix goûtue pour gueuleton patriotique, voix goulue pour s’empiffrer aux frais de la République.

Romantisme de la clarinette

Musiques

A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.

Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.