Blog suisse de littérature

Ailleurs : au bistrot et partout

Les mots parfois se font vagabonds. Cette écriture d'ailleurs prend ici deux formes, la première tente de retranscrire les multiples ambiances de ces lieux si particuliers que sont les bistrots, la seconde prend quelques notes un peu partout, au hasard de mes escapades.

Vincent Francey

Renouons, puisque nous avons pignon sur rue piétonne, avec une antique passion : regarder passer les culs. Les conditions sont parfaites pour s’adonner au voyeurisme : trente degrés à l’ombre, canicule qui m’emballe, nouvelles lunettes et célibat prolongé. Levons donc les yeux et, lubrique, bavons devant les pures beautés callipyges qui remontent et redescendent la rue de Lausanne.

Une harpe pour rendre la mort plus douce.

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Une plage sans sable, coincée entre un hôtel de ville à triste tour et une cathédrale à l’air inachevé, voilà ce que l’on peut se permettre à Fribourg en guise de grandes vacances : une vague ressemblance avec Barcelone. Quelques couples aux jambes encore biantzettes s’assoient sagement sur des transats rose bonbon ou sur des chaises de jardin vert pomme. Ils optent presque toujours pour des cocktails, parce que se poser à une table avec un ordinateur et boire une bière, même exotique parce que…

Gargouillis de fontaine, eau de pluie sous les pneus, klaxons bernois, deux vieux, leur bouche qui remue, la voix du vent dans mes oreilles.

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Sagres en bouteille et barbus faussement éthiopiens, ouvriers portugais et retraités suisses à l’œil triste, voix de partout qui se chevauchent et se racontent une journée ordinaire pleine d’aventures en s'envolant vers les plumeaux qui servent de lampes à ce carrefour coincé entre les montres Festina et le Marché Istanbul, souk ordonné et sans senteurs pour ne pas attrister plus encore l’œil des retraités suisses qui se sentent envahis : voilà la vie quotidienne d’une ville en Suisse. La…

Les chats s'enfuient quand fond la neige.

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Les solitaires restent dedans. Ils sont perdus dans les réseaux asociaux ou dans les journaux de la veille. Ils mangent à des heures incongrues. Eparpillés, ils justifient la taille du lieu. Les solitaires, ça prend de la place. Sur la terrasse, mince bande de tables au bord de la route, il semble que les gens parlent entre eux. Dedans, seule une vague musique, une voix féminine énervante (toutes les voix féminines sont énervantes quand on est solitaire) nous accompagne dans la monotonie d’une…

Règne des lignes droites et des craquements électriques.

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- C’était un coca ? J’hésitais entre une bière et un coca…

Deux vélos tout bruns pendus à l’étape.

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Les artisans se pleignent. C’est leur tour.

Le cantonnier batoille. C’est son job.

J’écris. C’est idiot.

Hallo, dit la dame, pendant que le chien pisse.

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Est-ce un chien ou une serpillère ? Donnons un coup dedans pour voir.

Pour de vrai sur le lieu du retour : le canard n’a plus de plume.

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Pour vivre heureux, vivons cachés. Vue sur un mur ? Mais aussi sur la cathédrale. Un trou ? Mais aussi un rognon de veau à tomber. Pas un chat ? Mais la paix.

Du sang sur le banc. Un déménagement. Le corps enroulé dans un tapis.

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- Je veux pas bringuer, Marie-Chantal !

- C’est tout bien, c’est tout bien.

Sous l’eau, les corps sans tête s’évaluent : la fille au bikini noir largement devant la vieille en mono ; tout au fond, l’homme qui nage debout.

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Deux femmes aux cheveux corbeau parlent sorcières et contes de fées sous une poule en fer et une fourcheuse antique.

Ils courent avec des sacs de sport sur la tête. Sans doute une nouvelle manie.

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Il est des lieux où il faut se noircir. Tout ici invite au sombre, au dégoût, au dégueu, à la mort joyeuse, à Baudelaire, à Poe, à Gainsbarre, au vin des assassins. Des ombres boivent, vautrées, incrustées dans le bar vermoulu comme les marins maudits du Vaisseau Fantôme. Un silence. Un râle. Une amertume. La mer nous a engouffrés. On bouge à peine. Il faudra boire pour tanguer, boire et reboire, sans soif et sans rire, dans une fête solitaire qui finira tard, beaucoup trop tard, au bord de la…

Hier : des singes sur des tables qui hurlent Marignan. Ce matin : de la musique.

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L’immensité vide du restaurant qui digère s’ouvre devant quelques solitaires silencieux.

Roth échaffaudage au service de la beauté : on rafistole l’antiquité.

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Sur le tableau noir nous sont proposés la caresse de Phèdre et les délices de Diogène, le poignard ou le tonneau, le suicide ou la misère.

Travail autonome : ils le sont plus que moi.

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Sur l’écran, un fragile à tatouages se lamente dans des rues ravagées par le chômage et le FN.

« Il faut tout emporter ! Coffres de toit GAMAPARTS »

On dirait des cercueils. D’accord chérie, on prend belle-maman en vacances.

Un dinosaure coupé en morceaux traverse le mur de briques. Il me court après. Va m’avaler tout cru.

Clef perdue, natel à plat, sous la bruine, j’attends le serrurier qui ne viendra peut-être pas.

A la pause, les concierges parlent plus que les informaticiens.

Au-dessus de l’évier, les mêmes dames que jadis, à peine vieillies, toujours vieillottes.

Pendant que les chevaux se crèvent les jarrets à courir comme des forcenés, les clients se vautrent dans des calculs trop complexes pour leur cervelle embiérée.

Le choral tourne lentement derrière la paroi.

Un homme au téléphone parle, parle, parle et reparle. Sans doute n’y a-t-il personne à l’autre bout du fil.

Une table de ping-pong ronde. Les balles sont-elles carrées ?

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Le café est très fort. Les vieilles s’en plaignent. Je m’en félicite. Je ne m’endormirai peut-être pas avant l’ordinateur presque à plat. « J’irai au bout de mes rêves », me suggère Jean-Jacques. 13%.

« Haut les plumes ! »

Le shérif-corbeau a déteint sur le serveur taciturne.

Au sortir d’une bouche d’égout, Jean Tinguely reluque le pantalon rose de la patronne. Niki et ses nanas étaient plus rondelettes, plus appétissantes et plus vives.

Enfermés dans la boîte noire, comme des poissons dans un pétrolier naufragé, les gens dégustent cafés et verres de vin.

Au bistrot

Ailleurs

A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.

Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.