Blog suisse de littérature

Ailleurs : au bistrot et partout

Les mots parfois se font vagabonds. Cette écriture d'ailleurs prend ici deux formes, la première tente de retranscrire les multiples ambiances de ces lieux si particuliers que sont les bistrots, la seconde prend quelques notes un peu partout, au hasard de mes escapades.

Les vieilles dames aux joues roses ont ressorti les jupes de laine, mais l’hiver ne sait plus s’il doit fondre ou s’il doit geler.

- Que nous reste-t-il quand on est doyen à la retraite et donc doublement vieux ?

Dans l’hypnose préétylique d’un soir de pluie, quelques rares évanescents flottent dans les ondes floues.

Sous les arbres de plastique blanc, les langues s’entremêlent.

Les pauvres, sur les photos, semblent pensifs. Pourquoi est-ce toujours en noir et blanc qu’on les montre ? Pour que les gens croient qu’ils appartiennent au passé, qu’ils n’existent plus et que le bon libéralisme mou les a admis dans l’ascenceur social ?

Deux tables de tapeurs de cartes, un serveur désoeuvré, des fleurs qui s’ennuient, l’après-midi en son cœur sera longue.

La serveuse a l’obligation de me proposer une tartelette aux fraises. Comme je refuse, elle me refile un vieil œuf en chocolat fondu. Puisqu’on vous dit que c’est la saison des fraises…

Depuis que Fidel est mort, la Révolution a du plomb dans l’aile.

Les chasseurs font santé.

« Les asperges suisses, elles ont commencé. » C’est jour de marché. Il faut trouver une entrée pour le dîner de demain.

De la porte magique est sorti un Charlie à chapeau.

Lundi matin Popu, c’est tranquille.

Au buffet de la gare, il n’y a plus de classe(s).

Les cloches des Augustins résonnaient. La table vibrait.

Finesse et grossièreté. Le serveur fait des ronds de jambe et le client aligne les mots doux : chier, crevure, j’en passe, et des pires.

Jadis, quand on schwemzait le cours de gym à Morandi pour aller boire des canettes de cardoche, la serveuse était aussi délabrée que l’établissement et aussi massive que notre soif.

Monsieur fait la lecture de la Tribune à Madame. Le Matin ? Non, non, pas ce torchon.

Dans le salon-fumoir, le parfum sec et lourd du cigare n’empêche pas Roger Federer d’exhiber ses étiquettes nike.

Le mauvais goût a ses temples et ses temples sont marchands.

Ici, c’est Fribourg peinturé à la fondue, rempli de vaches et de mécanique ; c’est le Fribourg du boucher Corpatôô et de Jean Tinguely, pendu au mur crépi de cadres tous plus pleins les uns que les autres.

« La culture française, tu sais ce que c'est ? C’est la culture du bac à sable. »

On marche lentement, le plus lentement possible, puis on s’assied, tranquille, sur la terrasse.

Le mâle bouffe. Hamburger. Pseudo-fromage. Sirop. Biffez l’intru.

« Voici la rue des Epouses fidèles et aussi le coin des Maris modèles. »

On fait comme si c’était le printemps. On commande des bières colorées. On est prêt à pedzer en terrasse jusqu’à point d’heure. On a le visage rougi par le soleil, du moins c’est l’excuse qu’on inventera en rentrant.

La directrice n’est pas pressée.

On se croirait revenu au temps des vélos sans chimie, au temps où les forçats de la route pédalaient encore pour de vrai.

Les barbus ont payé. Ils sont partis. Le patron aussi.

Immensité vide, calme avant la tempête, la vie, dit la serveuse portugaise, est moins chère en France qu’en Suisse.

Il existe encore quelques vieux bistrots pleins de fleurs sur les nappes, sur les lampes et sur les ventilateurs.

C’est l’heure de l’apéro des bébés sous la lampe-araignée, le rendez-vous des bobos barbus, des babas écolos et de Bibi buvant son café.

Défilé permanent, pantins sur escalators, sur trottinettes ou sur godasses, les gens passent et repassent mais hélas ne trépassent pas encore. Ils mourront le ventre plein, stressés mais repus.

Le chat dort sur sa couverture, sous les arbres noirs et blancs.

Le bouèbe peint ne sourit pas. Sa mission, c’est du sérieux. Quand il sera grand, il sera fourrier au Régiment 7.

Les gazosas devant le miroir scintillaient.

Masques d’or et clowns roses, guirlandes et – qu’est-ce que c’est que ces trucs ? – œufs de rababous, tout est prêt pour boltzer jusqu’à point d’heure.

C’est l’heure où les dames en rose lisent le Matin Dimanche en écoutant la radio parler des changements structurels de l’économie.

Au bar, c’est le tour du monde en houblon.

Il y a des éponges pour le uni-hockey. Il y a aussi un château gonflable, comme chez les Américains.

- Le bolet sec, quand tu le fais frais, avec du beurre et des oignons, c’est comme en 48, avant la guerre.

Au bistrot

Ailleurs

A propos

Lie tes ratures, littérature, ce blog se veut l'atelier de mon écriture. J'y déverse en vrac des notes prises au jour le jour, l'expansion de ces notes en des textes plus élaborés, des réflexions et des délires, des définitions et des dérives, bref tout ce qui fait le quotidien d'un homme qui écrit, ici, en Suisse, ailleurs, dans mes rêves et à travers le monde qui m'entoure.

Bref, ce blog suisse de littérature partira dans des directions variées qui, je l'espère, sauront vous parler.